Qui sont les grands-parents aujourd'hui

Publié le par Marysia


Je suis allée en formation la semaine dernière et nous avons évoqué la place des grands-parents et des arrières grands-parents dans la famille.
Aujourd'hui les grands parents ne se sentent pas vieux, bien au contraire, à l'âge de la retraite, ils sont dynamiques et en pleine forme.
Très souvent leurs propres parents sont encore vivants et nous avons plusieurs générations qui se cotoient.

On peut parler de mutations familiales.

Qui sont les grands-parents

aujourd’hui, quelle est leur place ?

La majorité des personnes retraitées qui sont grands-parents disposent aujourd’hui d’un niveau de vie acceptable dont ils peuvent faire bénéficier leurs petits-enfants.

C’est une révolution dont on ne souligne pas assez l’ampleur car dans toutes les sociétés du monde, les personnes âgées ont été à la charge de leurs descendants.

Les enfants aussi, ont changé et au lieu d’être une ressource qui appartient aux adultes, ils sont maintenant l’objet d’intenses investissements. Ainsi l’affectif et l’économique apparaissent liés à travers les politiques sociales.

Les lignées d’autrefois étaient des lignées patrimoniales et patriarcales, organisées autour du père et de la transmission du bien ; les individus étaient au service de la lignée ; aujourd’hui, elles sont affectives et sont au service des individus. En outre, ce sont des lignées bien davantage organisées autour des femmes. On sait que ce sont elles qui prennent en charge la solidarité avec leurs parents âgés comme avec leurs enfants, jeunes parents, et dans ce cas, elles le font, le plus souvent, pour soutenir leurs filles qui occupent un emploi. Il ne faut cependant pas minimiser l’importance des grands-pères dont la présence soutient l’action grand-maternelle.

L’entrée en grandparenté implique un réajustement dans l’ordre des générations, et les études psychologiques ont bien montré que les femmes devaient notamment savoir faire leur deuil de leur féminité, de leur fécondité qu’elles transmettent alors symboliquement à leur fille; une fois l’ajustement réalisé, c’est la bonne distance qu’il faut savoir trouver. Comme le disait Françoise Dolto : «les parents demandent aux grands-parents d’être toujours là quand on a besoin d’eux mais aussi de ne pas être là quand on n’en a pas besoin.»

Une première enquête conduite en France avec Claudine Attias-Donfut (1) nous a convaincues de l’émergence d’une nouvelle figure de la famille, et dans la société, celle des grands-parents.

La sociologie de la famille les a superbement ignorés, car elle se focalisait sur le couple et ses ruptures. Or une nouvelle image et une nouvelle présence des grands-parents est évidente. L’image de la vieillesse a changé, et nous avons désormais plusieurs âges de la vieillesse, comme plusieurs âges de la jeunesse. L’allongement extraordinaire de la durée de vie met aujourd’hui en présence trois et plus souvent quatre générations. Par ailleurs l’Etat providence a particulièrement bénéficié aux nouveaux grands-parents d’aujourd’hui ; à la veille de prendre leur retraite ou juste au moment de la prendre, ils bénéficient de pensions tout à fait confortables. Pour la première fois dans l’histoire de la société, les vieux ne sont plus à la charge des jeunes.

Nos nouveaux grands-parents sont les anciens soixante-huitards, produits du babyboom.

D’ailleurs aux Etats-Unis, ils se nomment parfois les « grandboomers ». Ils ont expérimentés nombre de bouleversements, dont les femmes ont été les premières bénéficiaires : acquisition d’un niveau d’études équivalent à celui des garçons, progrès médicaux concernant le corps féminin, qu’il s’agisse de la grossesse, de l’accouchement, des soins aux jeunes enfants, accès à l’avortement libre et à la contraception. L’égalité entre hommes et femmes -tout au moins théorique- a été conquise sur le plan juridique qui a substitué à « l’autorité paternelle » la « responsabilité partagée des père et mère. Cette

génération qui a connu les grands élans de la liberté sexuelle et de la démocratie familiale a élevé ses enfants dans un contexte économique favorable et dans un climat de relations libérales, délivré de l’autorité imposée par leurs propres parents. Les relations affectives se sont développées, d’autant plus vives que les ménages sont maintenant autonomes, que la noncohabitation entre générations a fait disparaître les conflits et les tensions qui lui étaient associés. On respecte « l’intimité à distance » de chacun.

Un nouveau modèle relationnel

Les voici grands-parents et tout étonnés de l’être sans se sentir vieux. Dans l’ensemble et d’après l’enquête que nous avons conduite, on observe qu’un nouveau modèle de relations se dégage. Autrefois, soit les relations entre grands-parents et petits-enfants étaient relativement distantes, ou bien ceux-ci élevaient complètement ceux-là, se substituant aux parents, à leur demande d’ailleurs, puisque les parents travaillaient tous deux et que les modes de garde collectifs étaient inexistants. Nos jeunes grands-parents s’investissent massivement dans la garde de leurs petitsenfants, même s’il existe des structures de garde collective en France (encore que bien insuffisantes), en les gardant soit le week-end, soit les vacances. Ces liens sont tissée d’une forte relation affective, que permet le climat d’éducation libéral qui a rapproché les nouveaux grands-parents et leurs enfants devenus jeunes parents. En gardant leurs petits-enfants, les grands-parents apportent ainsi une aide détournée à leurs enfants, et notamment aux jeunes femmes qui s’installent dans un métier, en gardant les petits-enfants, en complément des

crèches et des jardins d’enfants. Tout ceci est rendu possible parce que la troisième génération bénéficie d’une assise économique assurée par le système des retraites actuelles (dont on sait qu’il est menacé, compte tenu des futurs déséquilibres démographiques).

Les grands-parents du divorce

Les nouveaux grands-parents sont aussi des innovateurs sur le plan familial. Ils sont la première génération à avoir divorcé ; l’enquête montre que, dans toutes les configurations, à chaque fois qu’il y a eu rupture, l’interaction avec les petits-enfants est moins forte que s’il n’y en a pas eu. Lorsque les parents divorcent et se remarient à un âge avancé, ils préfèrent se consacrer aux activités de leur couple qu’aux soins de leurs descendants. De toutes les façons, ils s’occuperont toujours davantage des petits enfants biologiques des deux, puis des petitsenfants de la grand-mère avant ceux du grand-père. Lorsque c’est le couple jeune qui se sépare, peu de temps après la naissance de l’enfant, la lignée maternelle prend généralement plus d’importance, dans la mesure où la garde des jeunes enfants est confiée dans la grande majorité des cas à la mère. La jeune femme trouve le plus souvent un soutien auprès de ses propres parents, chez qui même, elle peut retourner résider avant de reprendre des études, trouver un nouvel emploi, un nouveau logement : l’aide des parents à leur fille est alors considérable et s’exerce à travers la garde des petits-enfants. Par la suite, l’intensité des liens dépend de la nature de la rupture conjugale. Si les parents divorcés ont su établir une relation non conflictuelle, les grands-parents paternels peuvent être présents; lorsque la rupture est conflictuelle, lorsque le père biologique est peu présent, ses propres parents se trouvent exclus des rapports avec leurs petits-enfants. On sait par ailleurs que si un lien affectif n’a pu être établi au cours des premières années de la petite enfance, ce lien ne pourra s’inventer plus tard, surtout si les conflits restent vifs. Dans les familles recomposées après divorce, les enfants se trouvent pourvus de nouveaux couples de grands-parents, mais la relation peut rester très formelle si ces enfants ont atteint l’âge de la pré-adolescence.

Dans toutes ces situations, le divorce, qu’il s’agisse de celui de la génération des aînés ou des jeunes, fait

courir le risque d’une désaffiliation, privant les enfants de racines identitaires pourtant indispensables pour fonder leur avenir.

Nombreux sont d’ailleurs aujourd’hui les grandsparents à avoir recours aux tribunaux pour régler les conflits, lorsqu’ils ne peuvent exercer les droits de visite que la loi leur accorde en principe. Mais les juges ne veulent guère intervenir s’ils pensent que la rencontre avec les grands-parents, dans une situation conflictuelle, déstabiliserait une situation familiale qu’ils jugent convenable pour l’équilibre du jeune enfant.

Grands-parents recours

Si les grands-parents constituent une source d’entraide considérable pour les jeunes parents, les vieux grands-parents sont aussi un recours dans certains cas de déviance sociale. Aux Etats-Unis aujourd’hui (2), plus de 5 millions d’enfants sont élevés par des grandsparents alors que leurs parents sont morts, drogués, victimes du SIDA ou en prison. L’importance grand-parentale est certainement une caractéristique de la société de la fin du XXe siècle. Ce modèle ne peut persister que pour autant que les solidarités publiques restent importantes et que la génération aînée bénéficie d’une situation confortable. Par ailleurs, les changements démographiques marqués par le poids accru du vieillissement de la population européenne et le retard à l’âge de la maternité, très caractéristique de ces dix dernières années donnent à penser que le personnage du « jeune » grand-parent aura peut-être été une invention

éphémère.


Martine Segalen, Université de Paris X-Nanterre

(1) Enquête conduite par Claudine Attias-Donfut, CNAV portant sur les échanges de toute nature auprès

d’un échantillon représentatif de familles françaises à trois générations (1958 « pivots » de 48 à 52 ans,

1217 « vieux », leurs parents, et 1493 « jeunes », leurs enfants adultes dont près de la moitié sont

parents de jeunes enfants) ; puis par des enquêtes qualitatives, conduites sous la direction de Claudine

Attias-Donfut, Nicole Lapierre et Martine Segalen, auprès d’un sous échantillon d’une trentaine de

lignées, soit environ 100 entretiens approfondis effectués à Paris et région parisienne, Aquitaine,

Bretagne, Lorraine, Lyonnais, Poitou, Sud-ouest toulousain, cf de ces mêmes auteurs,

Le nouvel esprit

de famille, Paris, Odile Jacob, 2002

(2) Raveis Victoria, Denise Burnette, 2001, « Aux Etats-Unis, des grands-parents tuteurs », in Attias-

Donfut Claudine et Martine Segalen (sous la direction de)

Le siècle des grands-parents, Autrement,

p.209-224

Retrouvez l'étude réalisée par Claudine ATTIAS-DONFUT, cliquez sur ce lien


Publié dans Société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article