La dépression chez l'adolescent

Publié le par Marysia

Comment faire quand son ado ne va pas bien? Quand il présente les symptomes de la dépression? Comment détecter les premiers signes et comment les traiter ?

Je pense qu'il n'est pas facile au XXIème siècle d'être un adolescent et par voie de conséquence d'être parent de ces ados. A l'heure où tout va très vite, par les nouvelles technologies, où les familles éclatent de plus en plus, où la crise financière fait rage et où les tentations sont grandes, les ados ne s'y retrouvent plus.

Message pessimiste mais il faut garder en tête que plus vite les signes sont découverts, plus grande est la communication, plus les chances de guérir les ados de leur déprime ou de leur dépression seront grandes.

Vous trouverez ci dessous une étude réalisée sur la dépression chez les adolescents.

La dépression de l’adolescent
Dr O. REVOL. Hôpital Neurologique - Hospices Civils de Lyon

  1. Introduction
    Le taux de prévalence de la dépression chez l’adolescent ne cesse d’augmenter ; aujourd’hui il se situe aux environ de 8% (enfant et adolescent).

    Toutes les manifestations de l’adolescence, ne sont pas forcément des manifestations dépressives, à ce titre, il faudra différencier " la crise d’adolescence " et le syndrome dépressif.

    Il est donc utile de connaître et de comprendre le déroulement " normal " de l’adolescence. De plus cette adolescence en 2000, n’est pas comparable à celle de 20 ou 30 ans auparavant.

    Les parents vont donc se formaliser sur des troubles qui ne le méritent peut être pas, car seulement 20% des patients qui consultent nécessiteront une prise en charge réelle.

  2. Le développement normal de la personnalité (Rappel aux parents)
    Elever un enfant représente un enjeu de taille car il s’agit d’amener l’enfant qui était dans la dépendance totale vers une autonomie TOTALE.

    Cette évolution va donc passer par un processus de séparation/ individualisation qui va entraîner une succession de crises :

    La naissance

    2ème année de vie : Découverte de la motricité, du langage, des sphincters, puis il devient " insupportable " et " commence à dire non à tout " ! Il effectue un double mouvement d’éloignement et de rapprochement à la fois.

    De 2 à 6 ans : Sexualité infantile, apparition de l’Œdipe, l’enfant et amoureux du parent de son sexe, et veut " tuer " l’autre.

    De 6 ans à la puberté : il doit sortir de cet Œdipe et de son désir incestueux, il va alors vouloir ressembler au parent du même sexe = processus d’identification, c’est une phase de latence ou le désir sexuel incestueux est refoulé. L’énergie qu’il utilisait pour être amoureux lui sert à présent à grandir.

    L’adolescence : c’est d’abord un processus physiologique (= puberté) qui va déclencher un processus psychologique, l’adolescence. On assiste alors à une réactivation de la sexualité infantile : agressivité pour le parent du même sexe, menace incestueuse, culpabilité.

    L’adolescent va alors entrer dans une période de deuil, il renonce à son corps d’enfant, à ses illusions ; il va devoir faire le deuil de ses relations parentales : le monde de l’enfance est terminé.

    Son comportement s’explique car il doit porter son deuil, ce qui lui permet de ne pas oublier l’enfance (inactivité en général). Cette période de deuil fait partie du processus normal de l’adolescence.

    Le dernier processus correspond à la construction de l’identité, avec une période obligatoire de désengagement par rapport à ses parents, et un conflit entre sa propre identité qu’il doit construire et l’identification qu’il a eue jusqu’à présent.

    Un enfant qui a grandi dans une pléthore affective devra faire voler en éclat beaucoup de choses, et ne s’en sortira que par des manifestations qui pourront être parfois assez violentes.

    L’adolescent ressent alors un grand sentiment d’inutilité, il commence à avoir beaucoup de pouvoir, mais ne peut l’exploiter, il n’a pas la liberté totale.

  3. Les manifestations de la crise d’adolescence
    L’opposition : C’est indispensable pour le désengagement de l’enfant. Plus les parents vont insister pour quelque chose, et plus l’enfant ira à l’opposé de leurs désirs. Dire " NON " ce n'est pas facile, mais cela peut se manifester par des voies détournées (échec scolaire par exemple).

    L’ambivalence : Ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Il va falloir choisir, et choisir c’est un renoncement ; un renoncement c’est un deuil…

    Les troubles de l’humeur : l’adolescent n’est jamais complètement gai :

    -une asthénie physique et psychique : c’est l’apragmatisme, c’est à dire l’incapacité à entreprendre ou à faire les choses. Cet apragmatisme le protège en fait. Pour éviter de manifester son agressivité, il ne fait rien.

    -L’irritabilité, signe de son mal-être et non réprobation.

  4. Mise en place d’une stratégie antidépréssive
    La majorité des adolescents vont essayer de ne pas manifester ces troubles grâce à la mise en place d’une stratégie antidépréssive.

    Le repli narcissique : Période ou l’adolescent essaye de s’habituer à son corps qui évolue. Il tente de reprendre le contact et le contrôle de son corps. Son seul moyen d’action est sur ces phanères, il est donc utile de le laisser changer de look…

    La régression : L’adolescence est une période de refus de la sexualité et de régression orale : manger, fumer, grignoter etc…

    Hyperactivité : cette hyperactivité va permettre à l’adolescent de ne pas ou plus penser.

    Identification au groupe : " On fait comme les copains "…tenue, langage, etc…

  5. La dépression de l’adolescent
    ETIOPATHOGENIE

    La dépression apparaît chez l’adolescent qui n’a pas pu mettre en place de stratégies adaptatives. On retrouve différents facteurs communs chez ces sujets :

    Vulnérabilité neurobiologique (parenté)

    Perturbation précoce des liens mère-enfant

    La période la plus à risque se situe entre 6 mois et un an, et entraîne une fragilisation dans le développement.

    S’il y a eu une discontinuité, l’enfant est alors fragilisé, avec un manque d’estime de soi, une anxiété de séparation et un sentiment de culpabilité.

    Facteurs environnementaux :

    Echecs scolaires

    Pertes

    Changement de cadre

    Sexualité compliquée

    Problèmes familiaux

    Aspects sociologiques :

    La période de l’adolescence est plus longue maintenant : on reste adolescent tant que l’on n'est pas autonome ; les étudiants sont encore des adolescents par exemple (12- 25 ans).

    Les adolescents sont une classe de la population très courtisée, parce qu’ils entraînent un processus de consommation importante via leurs parents.

    Ils ont maintenant accès à tout, mais ils n’ont pas la certitude de pouvoir garder ce qu ‘ils vont avoir. Avant avant, les adolescents avaient " moins " mais ce qu’ils avaient représentait des valeurs sures.

    Il ne reste alors à leurs yeux que leurs parents qu’ils sont garantis d’avoir tout le temps.

    Beaucoup d’adolescents reculent devant ce passage obligé à cause de :

    La recomposition importante des familles

    Les problèmes de sexualité

    Les habitudes toxiques (consommation de Cannabis)

    Le chômage

    La violence urbaine

    Il se développe beaucoup de paradoxe, ou les adultes actuellement " miment " les adolescents, essaient de paraître plus jeune (tenue, langage…), on arrive à un comportement adulte " adolescentrique ".

    LA DEPRESSION

    Certains adolescents ont du mal à s’adapter à tous ces changements et ces facteurs de vie différents. Des signes importants vont apparaître et marque le début de la pathologie dépressive :

    Troubles de l’humeur

    Ennui et irritabilité avec tout le monde et pas seulement les parents…

    troubles du comportement

    inhibition

    désinvestissement des loisirs +++, ils n’arrivent pas à trouver quelque chose pour s’apaiser

    Impulsivité

    Agressivité

    Le dialogue est alors impossible et l’adolescent pleure souvent

    Troubles somatiques

    céphalées

    troubles du sommeil

    anorexie

    boulimie

    Troubles anxieux

    phobies sociales

    attaque de panique

    obsessions et rituels (TOC= Troubles obsessionnels compulsifs)

    Troubles idéatoires

    Il va falloir mettre en évidence que l’adolescent ne va pas bien alors que la plupart du temps il affirme que " tout va bien "…

    On va pouvoir rechercher la Triade de Beck correspondant à une dévalorisation qui se met en place :

    Que veux tu faire ? : " Rien, je ne suis bon à rien " !

    Tu regardes un peu les informations à la télévision ? : " Non c’est nul "!

    Tu sais ce que tu veux faire plus tard ? : " Non… !

    C’est " simple ", pour lui, tout est nul : LUI, le MONDE, et l’AVENIR.

  6. Conduite à tenir
    Ecoute et compréhension : souffrir avec empathie

    La fermeté bienveillante : " Je ne suis pas d’accord, ……., mais je voudrais que tu me dises pourquoi, tu fais…ou tu es comme ça ? "

    Evaluation du risque suicidaire : il ne faut pas hésiter à poser la question à l’adolescent…

    Thérapie spécifique : avec une prise en charge et des rendez-vous réguliers.

    Psychotropes :

    On se retrouve confronté au problème des antidépresseurs n’ayant pas d’AMM, pour les enfants de moins de 15 ans.

    On préférera les antidépresseurs sérotoninergiques : Prozac®, Vivalan®, Deroxat®, Stablon®, Athymil®, Floxyfral® et on évitera de donner en première intention les antidépresseurs tricycliques.

    Souvent le traitement pourra être de plus courte durée que chez l’adulte (en moyenne 6 mois), parfois inférieur à un mois, car l’effet placebo est très important chez l’adolescent.

  7. Conclusion

Actuellement l’adolescence semble être compliquée. Les adolescents ne vont, cependant pas si mal…Ils doivent trouver des solutions eux même et mettre en place leurs propres " thérapies adaptatives ".

"  Il n’y pas d’adolescents équilibrés, il n’y a que des équilibristes… "

Sommaire Journées ACOPHRA du 21/09/2000

Publié dans Société

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