Conséquences du chômage pour nos enfants
Le papa de ma fille va bientôt connaître le chômage du à la fermeture de l'usine CONTINENTAL de Clairoix. Il milite depuis plusieurs semaines pour sauver son emploi. Aujourd'hui à 53 ans il s'inquiète beaucoup pour son avenir, sa retraite.
Nous essayons au mieux de préserver notre fille de ses inquiétudes. Elle voit son père un week tous les quinzes jours ce qui simplifie un peu les choses car elle n'est pas au coeur des soucis.

Mais que se passe-t-il dans les familles où tous les jours les discussions sont autour de la perte de l'emploi. Comment les enfants le ressentent-ils ? Ce n'est pas évident car ils ne comprennent pas forcément, ils n'osent peut-être pas poser des questions pour ne pas en rajouter.
Nous souhaitons tous, nous les parents que nos enfants grandissent dans un climat de sécurité. Alors comment celà sera-t-il possible quand ils voient à la télévision toutes ses manifestations, tous ces parents en colère qui se battent pour sauver leur emploi.
Comment envisageront-ils leur avenir ?
Une étude a été réalisée afin de poser le problème sur les conséqences du chômage pour la famille.
Les répercussions du chômage sur le couple sont, elles aussi, difficiles à établir : c´est un facteur retardant la constitution du couple, mais ses conséquences sur les couples déjà formés sont plus délicates à cerner. L´étude menée par Nicolas Herpin pendant dix-huit mois conclut à l´absence d´effet. Celle de Serge Paugam, qui prend en compte des éléments de vie des chômeurs interrogés sur une période plus longue, établit une corrélation entre chômage et divorce. «Là encore, trop d´éléments sont en jeu pour établir une quelconque causalité, commente Gilles Nezosi. Mais on peut considérer que le chômage, qui est une période de crispation et d´exacerbation, peut entraîner au sein du couple des tensions, que des difficultés sous-jacentes peuvent être révélées à cette occasion. Au pire, cela peut aboutir à la dissolution du couple, notamment lorsque la situation persiste.»
De fait, nombre de couples ne semblent pas éviter, ni même nier, des moments de tensions liées à la perte d´emploi, mais cela n´interdit pas non plus à la solidarité familiale de s´exercer. Cette épreuve peut également rapprocher et rendre la famille plus solide (témoignages ci-contre).
Les enfants, eux aussi, subissent le contrecoup de la perte de son emploi par un des parents. Mais les cas de figure peuvent être assez différents. «Certains parents réalisent, en se retrouvant au chômage, qu´ils étaient complètement happés par leur boulot et pas assez disponibles pour leurs enfants, relève-t-on au sein de Retravailler, une association d´aide aux chômeurs. C´est surtout vrai pour les hommes. Cela ne veut pas dire pour autant que les relations ne peuvent pas s´envenimer.» Notamment avec les adolescents à la recherche de leur propre autonomie, qui ne voient pas forcément d´un bon oeil cette présence parentale accrue à la maison.
Les experts militent pour une approche familiale du chômage
De nombreux conseillers familiaux constatent par ailleurs les effets du chômage en terme d´image. «L´identification par rapport au parent du même sexe peut en prendre un coup, précise cette conseillère de l´AFCCC (Association française des centres de consultation conjugale). Cela peut parfois déstabiliser le jeune qui se construit. Par ailleurs, cette disponibilité retrouvée peut aboutir à des comportements hyperprotecteurs. Je peux citer le cas d´un papa d´une fille de 9 ans, dont l´activité professionnelle l´éloignait souvent de la maison. Au chômage depuis plusieurs mois, il s´est mis à materner sa fille, physiquement, psychologiquement. C´est une mère puissance dix, il s´inquiète pour tout, dramatise et finit pas insécuriser son enfant. Je suis persuadée qu´il projette sur sa fille une bonne part de sa propre perte de sens.»
En fait, «tout dépend de la place accordée au travail au sein de la famille, note Gilles Nezosi. On sait, par exemple, que l´impact du chômage est très fort dans les familles ouvrières, où l´homme est d´autant plus valorisé qu´il est seul à rapporter un salaire. Dans ce cas, l´image du père est fortement remise en cause. Comme, par ailleurs, il est rare qu´il investisse autant que la mère la sphère éducative, il perd beaucoup de son autorité. Chez les pré-adolescents et les adolescents, une certaine disqualification du père au chômage peut s´expliquer de cette manière.» Pour Jacques Commaille, qui a animé le groupe de travail du rapport «Chômage et famille», «le père ainsi déconsidéré dément malgré lui les valeurs de socialisation qu´il est censé transmettre.»
Toutes ces observations montrent bien les limites d´une conception seulement individuelle du chômage. Jacques Commaille, qui exerce au sein du groupe d´analyse des politiques publiques à l´École normale supérieure de Cachan, insiste sur la nécessité d´une approche plus familiale. La courbe du chômage, de nouveau à la hausse dans une situation économique très incertaine, redonnera peut-être à cette question la force d´un enjeu de société.
S.A
Nous essayons au mieux de préserver notre fille de ses inquiétudes. Elle voit son père un week tous les quinzes jours ce qui simplifie un peu les choses car elle n'est pas au coeur des soucis.

Mais que se passe-t-il dans les familles où tous les jours les discussions sont autour de la perte de l'emploi. Comment les enfants le ressentent-ils ? Ce n'est pas évident car ils ne comprennent pas forcément, ils n'osent peut-être pas poser des questions pour ne pas en rajouter.
Nous souhaitons tous, nous les parents que nos enfants grandissent dans un climat de sécurité. Alors comment celà sera-t-il possible quand ils voient à la télévision toutes ses manifestations, tous ces parents en colère qui se battent pour sauver leur emploi.
Comment envisageront-ils leur avenir ?
Une étude a été réalisée afin de poser le problème sur les conséqences du chômage pour la famille.
Les répercussions du chômage sur le couple sont, elles aussi, difficiles à établir : c´est un facteur retardant la constitution du couple, mais ses conséquences sur les couples déjà formés sont plus délicates à cerner. L´étude menée par Nicolas Herpin pendant dix-huit mois conclut à l´absence d´effet. Celle de Serge Paugam, qui prend en compte des éléments de vie des chômeurs interrogés sur une période plus longue, établit une corrélation entre chômage et divorce. «Là encore, trop d´éléments sont en jeu pour établir une quelconque causalité, commente Gilles Nezosi. Mais on peut considérer que le chômage, qui est une période de crispation et d´exacerbation, peut entraîner au sein du couple des tensions, que des difficultés sous-jacentes peuvent être révélées à cette occasion. Au pire, cela peut aboutir à la dissolution du couple, notamment lorsque la situation persiste.»
De fait, nombre de couples ne semblent pas éviter, ni même nier, des moments de tensions liées à la perte d´emploi, mais cela n´interdit pas non plus à la solidarité familiale de s´exercer. Cette épreuve peut également rapprocher et rendre la famille plus solide (témoignages ci-contre).
Les enfants, eux aussi, subissent le contrecoup de la perte de son emploi par un des parents. Mais les cas de figure peuvent être assez différents. «Certains parents réalisent, en se retrouvant au chômage, qu´ils étaient complètement happés par leur boulot et pas assez disponibles pour leurs enfants, relève-t-on au sein de Retravailler, une association d´aide aux chômeurs. C´est surtout vrai pour les hommes. Cela ne veut pas dire pour autant que les relations ne peuvent pas s´envenimer.» Notamment avec les adolescents à la recherche de leur propre autonomie, qui ne voient pas forcément d´un bon oeil cette présence parentale accrue à la maison.
Les experts militent pour une approche familiale du chômage
De nombreux conseillers familiaux constatent par ailleurs les effets du chômage en terme d´image. «L´identification par rapport au parent du même sexe peut en prendre un coup, précise cette conseillère de l´AFCCC (Association française des centres de consultation conjugale). Cela peut parfois déstabiliser le jeune qui se construit. Par ailleurs, cette disponibilité retrouvée peut aboutir à des comportements hyperprotecteurs. Je peux citer le cas d´un papa d´une fille de 9 ans, dont l´activité professionnelle l´éloignait souvent de la maison. Au chômage depuis plusieurs mois, il s´est mis à materner sa fille, physiquement, psychologiquement. C´est une mère puissance dix, il s´inquiète pour tout, dramatise et finit pas insécuriser son enfant. Je suis persuadée qu´il projette sur sa fille une bonne part de sa propre perte de sens.»
En fait, «tout dépend de la place accordée au travail au sein de la famille, note Gilles Nezosi. On sait, par exemple, que l´impact du chômage est très fort dans les familles ouvrières, où l´homme est d´autant plus valorisé qu´il est seul à rapporter un salaire. Dans ce cas, l´image du père est fortement remise en cause. Comme, par ailleurs, il est rare qu´il investisse autant que la mère la sphère éducative, il perd beaucoup de son autorité. Chez les pré-adolescents et les adolescents, une certaine disqualification du père au chômage peut s´expliquer de cette manière.» Pour Jacques Commaille, qui a animé le groupe de travail du rapport «Chômage et famille», «le père ainsi déconsidéré dément malgré lui les valeurs de socialisation qu´il est censé transmettre.»
Toutes ces observations montrent bien les limites d´une conception seulement individuelle du chômage. Jacques Commaille, qui exerce au sein du groupe d´analyse des politiques publiques à l´École normale supérieure de Cachan, insiste sur la nécessité d´une approche plus familiale. La courbe du chômage, de nouveau à la hausse dans une situation économique très incertaine, redonnera peut-être à cette question la force d´un enjeu de société.
S.A
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